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Voyage Mali
Par G. P. 

Voyage MaliNous ne pouvions passer si près de l'opportunité qui nous était offerte (1 journée de vélo depuis Mopti).

Quelques heures plus tard, du haut de la falaise de Bandiagara nous découvrons la lente procession des femmes revenant du marché en escaladant la paroi pierre après pierre. A l'horizon, la savane du Burkina Faso hérissée de centaines de Baobabs....

Tout voyage en Pays dogon prend des allures de pèlerinage. Pèlerinage chez l'une des populations les plus anciennes de l'Afrique noire (les spécialistes la qualifient de paléonégritique), mais vers une civilisation des plus riches et des plus mystérieuse qui, depuis une cinquantaine d’années fascine les ethnologues.

Passée l'agglomération de Bandiagara, une mauvaise piste conduit en direction de l'Est jusqu'aux falaises. Franchissant des seuils rocheux, serpentant entre les éboulis de grès qui portent parfois un village à peine discernable - tant se confond avec l'environnement, elle mène en deux ou trois heures à la bourgade de Sangha, localité comportant une dizaine de quartiers avant chacun un nom, celle-ci est établie au sommet de la falaise et domine vertigineusement cette fantastique paroi rocheuse haute de 200 à 400 mètres qui s’allonge sur près de 200 km.


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Une cheminée d'escalade aménagée pour le passage, conduit au village voisin, Banani Les maisons se distinguent par leur forme rectangulaire et un toit plat, des greniers carrés à la base et coiffés d’un chapeau de paille conique. Trônant dans chaque quartier du village, la grande maison de famille (guinna) est le domaine du patriarche, gardien des autels des ancêtres, autorité morale et religieuse incontestée.

Sur les escarpements et les parois souvent difficilement accessibles des falaises, les Tellem, premiers habitants de la région, ont laissé de nombreuses constructions troglodytes. Celles-ci servent aujourd'hui de cimetière aux Dogon qui, à l'aide de cordes, hissent les corps des défunts jusqu'à leur dernière demeure, suspendue entre ciel et terre. Nul ne sait ce qu'il est advenu des Tellem ; supplantés par les Dogon, ils disparaissent de la falaise au XV ème siècle, sans qu'on ait ai pu retrouver leur trace ou identifier leurs descendants de façon certaine.

Un peu plus loin, sur une éminence d'où l'on petit embrasser d'un seul coup d'œil le village et la plaine environnante, Togou-na ou maison de la parole, est l'endroit où les hommes se réunissent pour discuter des affaires du village. A l'écart des maisons d'habitation, se remarquent les cases rondes où les femmes doivent s'isoler pendant leur période menstruelle, tandis que, çà et là, autels et sanctuaires totémiques portent la trace des libations de bouillie de mil ou du sang des sacrifices.
Plus connus que Sangha ou Banani, d'autres villages s’égrènent à l'ouest des falaises, au-delà de Kendié (au nord-ouest de Bandiagara). A partir de ce dernier village, plus de piste, seulement des escaliers naturels gravissant jusqu'à Borko la succession de forteresses de grès dans lesquelles se sont réfugiés les Dogon de l'ouest.

L’origine des Dogons, elle aussi est mystérieuse. Provenant du Mandé, ils quittèrent cette contrée entre le XIème et le XIIIème siècle ; leur départ fut sans doute déterminé par leur refus de se convertir à l'islam. La clémence du climat a servi d'élément de sédentarisation. A leur arrivée dans la région des falaises, ils se scindèrent en plusieurs groupes, établirent des villages le long de l'escarpement, sur le plateau ou dans la plaine. Mais ces derniers sont plus exposés aux menaces extérieures et les attaques des Mossi au XVème siècle et des Peul au IIIème siècle les obligèrent a se replier dans les anfractuosités de la falaise, ce qui explique la généralisation du choix de sites défensifs par les villageois et les caractéristiques si particulières de cet habitat.

Outre l'architecture, l'intérêt que présente le pays des Dogon tient à l'extrême richesse de leurs mythes et de leurs rites.

Pour ce peuple, l'univers a été crée par Amma, le Verbe de Dieu, lequel engendra des jumeaux : Nommo, le Dieu d’Eau, maître de la vie, et le Renard Pâle, incarnation de la révolte, de l'inceste et du désordre, mais aussi de l'émancipation individuelle hors des normes sociales. Ces deux principes complémentaires, et les oppositions qui en découlent (vie/mort, jour/nuit, homme/fernme, sécheresse/humidité) régissent tous les aspects de la culture et de la vie matérielle des Dogon.
Chaque masque remplit une fonction sociale. Les sauts périlleux des guerriers qui lancent leurs flèches vers le ciel ou brandissent leurs fusils en prenant à partie les mauvais génies sont autant de gestes réglés comme une horloge, destinés à faciliter l'entrée du défunt dans l'univers des ancêtres, à la fois parallèle et complémentaire de celui des vivants.

Le culte des morts est un élément essentiel de la religion dogon. Lors des cérémonies funèbres, et plus tard lors des levées de deuil, les masques sculptés par les danseurs se mettent à vivre, transmettant de génération en génération les mythes essentiels. Pour les voyageurs qui ont la chance d'y assister, ces danses constituent un superbe spectacle, mais aussi, par delà l'aspect folklorique, un événement bouleversant, car il touche à l'essence même d'un peuple.

Mais la plus grande cérémonie dogon, celle qui pare du plus de prestige l'initié qui y a assisté, est le Sigui. Lorsque le masque du même nom, haut de sept mètres se met à danser, le corps de celui qui le porte est animé par la respiration même du premier souffle de la création. Le visiteur devra, hélas, s'armer d'une patience à toute épreuve s'il veut assister à ce spectacle, car cette cérémonie, dont la dernière eut lieu cri 1974, ne se reproduit que fois tous les soixante ans !

Pourtant, même s'il ne fait qu'un bref séjour au pays dogon, le voyageur gardera le souvenir d'un peuple fier, parfois farouche, dur a la peine, qui n’hésite pas à travailler sans relâche sur de minuscules parcelles où la terre a été apportée à dos d'homme - mais aussi d'un peuple qui veille sur ses traditions, sachant ce qu'elles représentent pour lui : son plus précieux trésor. Les Dogon s'étonnent du reste de l'intérêt quelque peu envahissant que leur civilisation suscite chez les étrangers. Ils ne comprennent pas que leurs villages soient devenus des musées vivants, dont on voudrait fouiller l’âme. Bref, ils ne comprennent pas qu'on cherche à les comprendre.

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