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Voyage Algerie
Par Denise Werlen

Voyage AlgérieMa si chère petite aînée, 
Le temps passe, se tend et se distend en mailles dérisoires, laissant au fond de nous quelques très délicieux souvenirs... 

Tu avais dix ans. Tu étais mon plus beau voyage, mon plus beau paysage, et pour fêter ce bonheur-du-jour quotidien que tu étais pour moi, j’ai eu l'immense envie de t’emmener au désert, au pays de l’ami des pays bruns, du merveilleux ami de l’Outre-Méditerranée, de l’étrange ami de l’oubli volontaire…

C’était avant, avant le feu et le sang, avant la fureur et le bruit qui firent de ce pays une terre brûlée, dévastée, accablée… C’était avant, dans le calme des années heureuses, les leurs, là-bas, et les nôtres, ici, en famille…

Je t’ai prise par la main, ma petite aînée très chérie, et ensemble, nous avons goûté la clameur sourde, la beauté souveraine de Ghardaïa et des villes saintes mozabites, leur lumière dorée, leur mystère voilé… C’était très bleu, et puis très blanc, et puis infiniment doré… Tu écarquillais les yeux, toi qui venais de ta verte Lorraine et ne savais du monde que les mirabelliers en fleurs... Tu étais là, toute petite, toute menue, découvrant pour la première fois un autre lieu de cette vaste terre, qu’ensuite tu chercherais sans cesse à parcourir, encore et encore… Tu étais là, lumineuse dans la lumière, étonnée dans l’étrangeté douce, et ta main serrée dans la mienne me disait à la fois ta surprise et ton émoi…

A Timimoun, au seuil du désert, tu fis la connaissance de ton chameau… 
Une histoire d’amour ? Pas vraiment…Tu le trouvais trop haut, trop lent, trop râleur…Tu l’avais même gratifié d’un prénom peu gratifiant… 
C’était là ta manière à toi de dire que ce cadeau d’anniversaire-là, c’était bien, mais quand même un peu difficile, un peu déroutant, un peu violent…

Et puis, il y eut le bivouac, la longue traversée des dunes sous le chèche incommode, la soif, la frugalité des repas, mais aussi la splendeur du soir, le bonheur du thé, les ksars qui jalonnaient le chemin, l’horizon et ses mirages et cette impression d’être, disais-tu, au cœur de Tintin au pays de l’or noir. Tu étais, à vrai dire, mi figue-mi raisin : c’était bien, c’était beau, mais quelle fatigue que ce vaste monde… 
Le soir, à la belle étoile, on cherchait Orion, la Grande Ourse, la Petite… Le matin, on pliait bagage, on jouait les rois mages, on repartait pour de longues heures arides… Le soleil t’avait brûlé les genoux et tu te soignais juste ce qu’il fallait pour montrer au retour à tes frères tes « blessures de guerre », pour leur dire la douleur de la grande aventure et l’âpreté du monde... 

Sur un cahier, on notait, on dessinait, on préparait le carnet de voyage, pour pallier les trous de la mémoire et ne point oublier les sensations et les odeurs, pour tenter de les retenir, de les définir, de ne pas les laisser s’éteindre au creux de nous…
Le chamelier te gavait de dattes, te faisait goûter le lait de sa chamelle préférée, te cueillait des roses des sables et t’emplissait les poches des milles couleurs des sables… 
Au delà des gênes et des joies immédiates, on savourait le fait que tout cela, plus tard, n’appartiendrait qu’à nous, précieux trésor au fond de nos cœurs et dont les autres ne sauraient que la surface, l’inessentiel, l’exotisme… Ce serait là notre secret, notre complicité, au delà des mots, au delà des images, au delà des photos...

On dirait : « Tu te souviens là-bas… » et monterait alors en nous une foultitude d’émotions tendres et douces que, durant des années, tu prétendrais tenir enfermées dans cette petite boite de fer blanc, décorée pour l’occasion, que tu appelais « ma boite de désert-anniversaire ». 

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